LE BIEN CONTRE LE MAL 


L'ancien monde, le monde qui se meurt au terme de la seconde mutation, tout en refusant d'accompagner la troisième mutation, est fondé sur les antagonismes, les constructions d'opposés, et en particulier le « bien » contre le  « mal », ou « les bons » contre  « les méchants ». On peut ainsi relever en particulier :

- être pour Maastricht ou être anti européen : à l'époque, celui qui votait non à Maastricht était affublé du titre d'anti européen  (avec le recul, preuve est faite que la voie ouverte par Maastricht conduit l'Europe dans le mur),

- l'axe du « bien » contre « l'axe du mal » : cette formule du président Bush n'était que pure manipulation, l'affirmation de l'existence d'armes de destruction massive a ainsi justifié, à tort, la seconde guerre du Golfe,

- monde occidental centré sur le consumérisme contre théocratie (ou islamisme radical), ou encore les Etats-unis (le « bien ») contre la Russie (le « mal »)

- néolibéralisme et libre échangisme (le marché censé être l'axe du bien) contre protectionnisme (censé être l'axe du mal) : les crises financières puis sanitaires liées à une modification importante de l'environnement (extinction d'espèces, déforestation, fonte du permafrost, autant de mutations écologiques qui mettent en contact l'espèce humaine avec de nouveaux virus) ont fait la preuve de l'échec d'un hyperlibéralisme non seulement générateur de crises mais aussi incapable de les gérer sans le recours à la puissance de l'Etat (comme la crise financière de 2008),

- extrême centre contre l'extrême droite et l'extrême gauche, 

- pensée unique contre complotistes : toutes les pensées divergentes sont qualifiées de complotistes car non conformes à la doctrine officielle (en son temps, Galilée aurait pu être qualifié de complotiste)

- doxa médicale contre antivax (alors qu'il existe de bons médicaments, de bons vaccins, mais aussi des médicaments et des vaccins peu efficaces, voire même toxiques) : ainsi, étiqueter, stigmatiser et diaboliser un contradicteur a pour conséquence de quitter le terrain de la démarche scientifique et de rejeter le débat contradictoire. Ceux qui ne suivent pas la pensée médicale unique sont stigmatisés et dénigrés.

Cet ancien monde fondé sur les antagonistes et le manichéisme est alimenté par la puissance des médias qui sont en très grande majorité sous la coupe d'intérêts privés.

On peut ainsi opposer deux systèmes :

- d'un côté, l'extrême-centre, la pensée unique, le libre-échange et la globalisation économique,

- de l'autre côté, souverainistes et nationalistes.

Se définir comme le  « camp du bien », ou « l'axe du bien », permet d'occulter tout débat, voire même de commettre des exactions à l'encontre de ceux qui sont désignés comme « l'axe du mal », et ce au mépris du débat scientifique (comme pour la crise de la Covid 19) ou du droit international (comme pour la guerre en Irak). La déformation de la réalité peut même s'opérer au grand jour : « Une conspiration en plein jour - forme nouvelle et curieuse du groupement d'action, propre à l'époque démocratique, à l'époque de la civilisation de masses - n'est pas entourée de menace et n'a donc pas besoin de se dissimuler ; bien au contraire, étant obligée d'agir sur les masses, de gagner les masses, d'englober et d'organiser les masses, elle a besoin de paraître à la lumière, et même de concentrer cette lumière sur elle-même et surtout sur ses chefs » (A. Koyré, Réflexions sur le mensonge).

Accompagner la troisième mutation nécessite de dépasser les antagonismes, de sortir du conflit des opposés, de sortir de la dialectique  « bien / mal » pour entrer dans le polycentrisme et la conjonction des opposés (comme par exemple la recherche d'un équilibre entre libre-échange et protectionnisme en fonction de différents paramètres).

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