L'OTAN

L’OTAN a pour vocation « de protéger la démocratie et les droits de l'homme et d'assurer la primauté du droit » ! C'est du moins ce qu'affirme la Charte de l'OTAN, car on se rappelle de la campagne militaire aérienne de l'OTAN contre la Serbie (un pays probablement jugé trop proche de la Russie) en 1999 sans avoir préalablement reçu l'aval du Conseil de sécurité. Cette guerre qualifiée de « guerre humanitaire » n'a rien réglé sur le plan politique avec les tensions persistantes entre Serbes et Kosovars, et de plus a engendré de graves problématiques médicales suite à l'utilisation massive de bombes à uranium appauvri. Depuis, l'OTAN a construit une immense base militaire au Kosovo, un territoire qui n'est pas reconnu ni par l'ONU ni par l'Union européenne (le Kosovo et l'Ukraine ont par ailleurs l'indice de corruption le plus élevé sur le continent européen).

L'OTAN est également censée « régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées, de telle manière que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas mises en danger ». En réalité, avec son intervention en Yougoslavie en 1999, l'OTAN est passé d'un rôle défensif à un rôle offensif sans avoir à tenir compte des contraintes de l'ONU et a provoqué la disparition du droit international.

La dissolution du Pacte de Varsovie en 1991 n’a pas entraîné la disparition de l’OTAN (l'URSS et les Etats-Unis constituaient deux empires prédateurs). Son nouveau rôle est en fait d’intervenir n’importe où dans le monde là où les intérêts géopolitiques et économiques des États-Unis sont en jeu. Les Etats-Unis refusent l'évolution vers un monde multipolaire, ils ont refusé d'adopter une politique étrangère réaliste après 1989, et ils tentent de se maintenir comme une hyperpuissance dominatrice. La doctrine américaine depuis Zbigniew Brzezinski est d'empêcher un rapprochement entre l'Europe et la Russie (le camp de la paix de 2003 ne doit surtout pas se reproduire), et d'empêcher l'émergence d'un monde multipolaire (doctrine Wolfowitz depuis 1992). On retrouve les mêmes positions chez Georges Friedman. Avec la guerre en Ukraine, les Etats-Unis poussent l'Europe à entrer en guerre contre la Russie, au détriment des intérêts européens. La probable destruction du gazoduc Nord Stream par les Etats-Unis s'inscrit dans cette logique. La structure anthropologique de la Russie empêche la greffe du modèle anglo-saxon, la Russie plaide pour un monde multipolaire, et ses valeurs restent imprégnées par le Christianisme orthodoxe. Autant de raison qui expliquent la politique des Etats-Unis visant à affaiblir la Russie en instrumentalisant l'Ukraine et sa population, en alimentant une guerre fratricide (familles russes et ukrainiennes en Ukraine sont étroitement liées, avec une langue russe au moins autant utilisée que l'ukrainien, sinon plus) afin d'éviter d'exposer les propres soldats de l'OTAN (comme pour la campagne militaire aérienne contre la Serbie). Comme l'a dit Lord Ismay : « keep the Soviet Union out, the Americans in, and the Germans down ». Il suffit de remplacer Soviet Union par Russie, en faisant croire qu'il s'agit de la même entité.

L’OTAN peut mettre à disposition des européens la logistique et des moyens militaires pour mener des missions sous commandement européen. Cependant, en fonction de leurs intérêts, les États-Unis peuvent refuser de le faire. L’OTAN est avant tout au service des intérêts américains, et peut même servir à instrumentaliser la guerre commerciale (par le marché militaire en particulier).

D'anciens secrétaires généraux de l'OTAN ont tenu un rôle important dans la construction européenne (Paul-Henri Spaak, Joseph Luns, Javier Solana). La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a postulé à la tête de l'OTAN avant de finalement postuler à sa propre réélection à la tête de la Commission européenne.

La cohésion de l'OTAN est loin d'être évidente. Contrairement à la Pologne (très liée aux Etats-Unis depuis les années 1990 et qui voudrait bien récupérer des territoires de l'Ukraine), la Hongrie et la Slovaquie ne sont pas en phase avec la vision d'une Europe atlantiste (sans parler du problème des minorités hongroises en Ukraine). Il y a des tensions entre les pays de l'Union Européenne et la Turquie à propos des Balkans, des tensions entre la Grèce et la Turquie alors que ces deux pays sont membres de l'OTAN, le problème de la partition de Chypre, et on se rappelle des tensions entre la France et la Turquie en 2020

L'OTAN n'avait plus lieu d'être. Mais l'Europe  n'arrive pas à se penser en terme de puissance, non pas dans le sens d'une volonté de pouvoir, de prédation, mais en terme d'une puissance capable d'assurer son indépendance, de promouvoir un monde multipolaire en accord avec la troisième mutation, la renonciation à la prédation et le respect du droit, la conjonction des opposés. De ce fait, l'OTAN n'a cessé de s'étendre jusqu'à encercler la Russie, au détriment des intérêts européens. Selon George Kenann, ce fût une erreur fatale. L'attitude de l'Occident a été clairement dénoncée par V. Poutine à Munich en 2007. Le renforcement de la coopération entre l'OTAN et l'Ukraine en 2005 puis en  2008, le partenariat stratégique de 2008 entre les Etats-Unis et l'Ukraine, ont semé les graines dans la genèse du conflit contre la Russie en 2014 selon les propos du secrétaire général de l'OTAN. La France et l'Allemagne ont perdu toute crédibilité suite aux déclarations  d'Angela Merkel et de François Hollande. Tout ceci pose la question de l'intégrité de nos dirigeants, et des intérêts qu'ils poursuivent, en l'absence de tout débat démocratique, contribuant ainsi au déficit démocratique de l'Europe.

La guerre en Ukraine permet de légitimer l'existence de l'OTAN en faisant un amalgame entre l'ex-URSS et l'actuelle Russie, avec l'objectif d'affaiblir la Russie à moyen et long terme.

S'obstiner à construire une Europe du libre-échange sous contrôle de l'OTAN, l'absence d'autonomie stratégique, l'absence d'une vision géopolitique indépendante de l'Europe : tout ceci est contraire aux intérêts des européens. Compte tenue de sa structure anthrolopogique, l'Europe aurait dû avoir des relations équilibrées tant avec les Etats-Unis qu'avec la Russie.

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