Le Conseil de l'Europe est la plus ancienne institution européenne. À l'origine de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales (1950), garantie par la Cour des droits de l'Homme qui siège à Strasbourg, de la charte sociale européenne de 1961 (révisée en 1996), du principe de parité dans la démocratie (1989), le Conseil de l'Europe regroupe les démocraties européennes afin de sauvegarder et promouvoir les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine commun. Seuls les pays démocratiques y sont admis, et ils sont tenus de faire respecter les libertés fondamentales, les droits de l'Homme et de garantir la prééminence du droit. L'Espagne et le Portugal n'ont été admis qu'après la chute de leur régime autoritaire ; la Grèce, de son côté, s'est retirée du Conseil de l'Europe pendant la dictature des colonels. Le Conseil de l'Europe est donc la seule institution internationale de ce genre : l'ONU n'a pas la même légitimité démocratique, puisqu'il suffit d'être un État indépendant pour y être admis.
Pour adhérer, un État doit être démocratique, respecter la liberté d'expression et la liberté des médias, le droit, les droits de l'Homme (avec la convention d'Oviedo en biomédecine), et lutter contre la corruption. Les États-Unis sont membre observateur ; ils poussent à l'élargissement de l'UE pour que celle-ci ne soit pas trop intégrée, et pour qu'elle compte davantage d'États pro-américains. C'est l'antichambre de l'UE : il y a un délai d'environ 15 ans, en moyenne, entre l'admission au Conseil de l'Europe et l'entrée dans l'UE.
Dates respectives de l'admission au Conseil de l'Europe et de l'adhésion à l'UE :
Admission au Conseil de l'Europe des pays candidats à l'UE à échéance de 2030 :
Une exception : la Turquie, membre du Conseil de l'Europe depuis 1949, n'est pas dans l'UE. La Turquie a posé sa candidature aux BRICS en 2024.
À la fin de la première guerre de Tchétchénie, la Russie devient membre du Conseil de l'Europe en 1996. Pour le 50e anniversaire de l'institution, en mai 1999, il était prévu la célébration d'une nouvelle grande Europe avec la réconciliation avec la Russie -- une victoire définitive sur la division de l'Europe, avec une pacification complète et durable de l'espace européen. La guerre de l'OTAN en Serbie, en mars 1999, a stoppé le processus. En 2022, la Russie est exclue du Conseil de l'Europe à la suite de l'invasion de l'Ukraine.
L'Azerbaïdjan, membre depuis 2001, a vu en janvier 2024 les pouvoirs de sa délégation parlementaire non ratifiés par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), en raison de préoccupations sur le respect de ses engagements (élections, indépendance de la justice, droits humains). Contrairement à l'exclusion de la Russie, il ne s'agit pas d'une exclusion de l'Azerbaïdjan du Conseil de l'Europe -- l'APCE a explicitement précisé que le pays restait membre "à part entière" -- mais d'une suspension de la participation de sa délégation aux travaux de l'Assemblée parlementaire. La délégation azerbaïdjanaise a cessé sa participation depuis, et le président Ilham Aliyev a évoqué la possibilité d'un retrait complet du pays. Ce traitement très inégal, comparé à la sanction immédiate infligée à la Russie, s'éclaire à la lumière du double standard qui traverse plus largement les positions européennes.
On observe cependant, depuis quelques années, un abaissement des standards du Conseil de l'Europe. De plus, depuis la Charte de Paris (1990), la position de l'OSCE s'est renforcée à ses dépens. Ainsi, l'OSCE travaille en collaboration étroite avec l'OTAN, qui elle-même, dans sa charte, prétend défendre les droits de l'Homme. Cette confusion amène à se poser la question de savoir qui, réellement, défend les droits de l'Homme : une organisation militaire, ou la Cour des droits de l'Homme ?
Dans le même esprit, la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne -- proclamée lors du sommet de Nice en 2000, mais rendue juridiquement contraignante seulement par le traité de Lisbonne en 2009 -- vient faire doublon avec la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et la charte sociale européenne. On peut se demander si cela s'inscrit également dans une volonté de dépréciation du rôle du Conseil de l'Europe, parallèlement à l'influence grandissante de l'OSCE depuis 1990. On note de la même façon une dépréciation du rôle du Conseil de l'Europe, dont les travaux sur le blanchiment de l'argent se heurtent à la résistance des États.
Le rôle du Conseil de l'Europe en matière de droits de l'Homme est également concurrencé par l'Union européenne, avec l'Agence des droits fondamentaux, dont la création a été décidée par le Conseil européen de décembre 2003 (effectivement mise en place en 2007).